Politique

Au RN, vaut-il mieux participer à une soirée chemsex qu’à un hommage à Quentin ?

Quentin Deranque est mort lynché. Le Rassemblement national ne lui a rendu hommage qu’à demi-voix. Ce n’était pas glorieux, mais ce n’est pas non plus une infamie. En revanche, l’exclusion de Vincent Claudin, l’un des meilleurs amis de Quentin, assistant parlementaire de la députée RN, Lisette Pollet, en est une.

Au RN, vaut-il mieux participer à une soirée chemsex qu’à un hommage à Quentin ?
François Bousquet |

25 février 2026

| 2 commentaires
Au RN, vaut-il mieux participer à une soirée chemsex qu’à un hommage à Quentin ?

« Plus terrifiant que le bruit des bottes, le silence des pantoufles », écrivait Max Frisch. Au RN, on a pris au mot l’auteur suisse. Les pantoufles ont gagné : elles feutrent le réel et filtrent la vérité. Stratégie de la normalisation ? Le mot est trop noble. C’est de l’agenouillement. Une politique du dos rond et de l’échine souple. On débranche les candidats comme des appareils défectueux, on largue les militants en rase campagne, on sacrifie les assistants sur l’autel graisseux de la respectabilité bourgeoise – oups pardon : républicaine.

Il n’y a rien de pire pour un soldat de première ligne que de se retourner sous la mitraille et de découvrir que son chef s’est volatilisé. Au RN, cela commence à devenir une mauvaise habitude. D’autant que, pendant que les fantassins prennent des coups – et parfois meurent –, les généraux d’opérette trinquent à l’arrière. On a entendu Sébastien Chenu fanfaronner en début d’année : « Il y a du monde partout, dans les soirées Beaujolais, dans les soirées chemsex… » Et lui hilare, ravi de son lapsus, comme un collégien grivois qui croit avoir inventé l’audace. Rappelons que le chemsex est une drogue interdite par la loi (sans parler de la décence), mais pas pour le RN, apparemment. Le même Chenu qui souffle sur les braises de la respectabilité en expliquant qu’il faudrait dissoudre les structures trop remuantes, trop marquées, trop compromettantes. Dissoudre ? Alors qu’il commence par son propre miroir. Et qu’il n’oublie pas que le RN est sur la liste des structures politiques d’« extrême droite » à démanteler (ils ont déjà débranché Marine).

Lynchage et lâchage

On nous parle de dédiabolisation, de lissage – d’image comme de cheveux. Mais la vérité est plus crue : on pratique l’épuration par le vide. À force de « débrancher » les brebis galeuses, il ne restera plus qu’un troupeau bêlant, prêt à suivre la moindre injonction des communicants. Des moutons de Panurge en costume bleu marine, bêlant la ligne du jour, changeant d’avis comme on change de chemise.

Dernier épisode de cette sinistre comédie : l’exclusion de Vincent Claudin, proche de Quentin, assistant parlementaire RN, ancien de Lyon Populaire (dissous par Retailleau, ahaha). Un garçon plein de dignité qui a souhaité rendre hommage à son ami mort, question d’amitié et d’honneur. Mais que sait-on de ces mots dans les commissions d’investiture qui sacrifient les soldats politiques au nom des courbes d’opinion.

À force de se vouloir fréquentable, on finit par devenir interchangeable. C’est une leçon. Autre leçon dans la leçon : un parti qui prétend défendre les siens n’hésite pas à les jeter par-dessus bord à la première houle. Qu’en sera-t-il dans la tempête ? Pas de bon augure pour nous autres Français, comme disait Bernanos.

Le lynchage de Quentin est une ignominie. Le lâchage de Vincent Claudin est une bassesse. Entre la meute et les pantoufles, il fallait choisir. Le RN a choisi le confort thermique.

2 commentaires

PB
Ni Zemmour, ni Knafo, ni les frères de Villiers, ni la famille de Quentin Deranque ne figuraient non plus dans le cortège de Lyon. Il faut croire qu'au Rassemblement National on a compris la leçon léniniste, considérant qu'en politique l'activisme n'est que la maladie infantile du nationalisme.
OGDV
Cher François Bousquet, Vous nous faites part de votre indignation et nous invitez à la partager. Fort bien, cependant vous auriez pu nous donner la raison de l'exclusion de Vincent Claudin. Cette précision nous aurait permis de nous faire notre propre opinion. Malgré votre mauvaise humeur, je ne sais donc toujours pas où sont passées mes pantoufles. Olivier de Villeblanche.

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